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LE MONDE
| 28.07.07 | 14h15 • Mis à jour le 28.07.07 | 14h15
Depuis la fin avril, la Géorgie est confrontée à une épizootie de peste porcine africaine, qui, faute d'avoir été identifiée et contrôlée à temps, réclame désormais la destruction en urgence de l'ensemble du cheptel porcin de ce pays. L'épizootie menace, en effet, de gagner les pays voisins, et notamment la Russie. Une première alerte sanitaire avait été lancée, fin juin, par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui qualifiait alors la situation d'"exceptionnellement difficile".
"Il est à craindre que la peste africaine, maladie dévastatrice du porc, se soit fortement propagée dans toute la Géorgie", annonçait alors la FAO, précisant que 52 des 65 districts du pays étaient "vraisemblablement touchés". Plus de 30 000 porcs étaient morts du fait de l'infection et 22 000 avaient été abattus à des fins préventives. Au terme d'une réunion qui s'est achevée, vendredi 27 juillet, à Paris, au siège de l'Organisation mondiale pour la santé animale (OIE), il apparaît que la situation n'est toujours pas sous contrôle et qu'il va falloir procéder à la destruction de l'ensemble du cheptel porcin géorgien, qui, avant l'émergence de l'épizootie, comprenait environ 500 000 bêtes, pour la plupart dans de petits élevages familiaux. Pour experts de l'OIE comme pour les responsables sanitaires des pays aujourd'hui menacés par cette épizootie, seule cette mesure permettra de prévenir une aggravation de la situation.
La peste porcine africaine est une maladie d'origine virale et non transmissible à l'homme. Il n'existe ni traitement ni vaccin préventif. La transmission peut se faire soit par contacts directs entre animaux infectés et sains ou, comme on le suspecte en Géorgie, par l'intermédiaire de déchets contenant de la viande contaminée. Cette maladie sévit sur un mode enzootique dans la plupart des pays de l'Afrique subsaharienne. En Europe, elle a parfois été signalée dans la péninsule Ibérique ainsi qu'en Sardaigne. Elle est aussi apparue ces dernières années dans quatre pays d'Amérique du Sud et des Caraïbes, où elle a pu être éradiquée.
Dans sa forme aiguë, le tableau clinique associe notamment une forte fièvre (40,5-42o C), des troubles sanguins, des rougeurs cutanées (chez les porcs à peau claire), des diarrhées, une anorexie, 24 à 48 heures avant la mort, des troubles de la coordination. Chez les porcs domestiques, la mortalité est souvent proche de 100 %. Dans sa forme subaiguë, les symptômes sont de moindre intensité. La maladie dure entre cinq et trente jours et la mortalité peut être comprise entre 30 % et 70 %.
"Dès que le diagnostic est porté, il est impératif d'abattre rapidement tous les porcs du foyer et de procéder à l'élimination correcte des cadavres et des litières, précise-t-on auprès de l'OIE. Il faut aussi procéder à un nettoyage soigneux et désinfection complète, contrôler le déplacement des porcs dans la zone infectée et mener une recherche épidémiologique approfondie pour rechercher les sources en amont et les contaminations possibles en aval."
Les experts de la FAO et de l'OIE observent que la situation est d'autant plus compliquée qu'il faut compter avec une population importante de sangliers. Ces derniers peuvent aisément être infectés au contact de porcs contaminés et contribuer à une progression de l'épizootie au-delà des frontières. On estime auprès de l'OIE que la gravité de la situation en Géorgie est la conséquence directe d'une forme de libéralisation, dans ce pays, des services vétérinaires qui n'ont pas eu les moyens de procéder à un diagnostic suffisamment rapide et aux mesures sanitaires qui s'imposaient.
Une extension de l'épizootie en Russie est à craindre. Les responsables vétérinaires russes assurent cependant disposer d'un vaccin mis au point dans le cadre de leurs recherches militaires contre le bioterrorisme. Ils ont offert une aide technique. La Géorgie, dont les relations avec Moscou sont difficiles, l'a refusée. Une aide a d'autre part été demandée auprès de la Commission européenne.
Jean-Yves Nau |