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VSD N° 1583 du Mercredi 26 Décembre 2007 Ils ringardisent la SPA et Brigitte Bardot : les ultras de la cause animale débarquent en France
Choquer le plus possible
Les militants pour les droits des animaux - comme ici lors d'une manifestation à Paris en mars 2007 - refusent la manière douce. Photos parfois à la limite du soutenable, slogans volontairement culpabilisateurs, tout est bon pour sauver les millions de bêtes tuées chaque année dans les abattoirs et dans les laboratoires qui pratiquent la vivisection. Les animaux ont de nouveaux défenseurs, aux méthodes agressives, sans concession, parfois violentes, voire illégales. Ce phénomène, qui nous vient d'Angleterre, est tout récent dans l'Hexagone. Mais il inquiète la police. Le jeune homme a 21 ans et se fait appeler Tigrou, comme dans les dessins animés de Walt Disney. Mais, avec lui, on ne rigole pas. Le 25 novembre, avec trois complices, il a, en partie, incendié un magasin Cuir Center de la région de Tours (37). Pour défendre les droits des animaux, Tigrou est un combattant de l'Animal Liberation Front (ALF), un groupe classé dans la catégorie terroriste par les Etats-Unis et le Royaume-Uni et qui fait peur aux Renseignements Généraux français. "Nous allons continuer d'agir dans la région de Tours, assure Tigrou, que nous avons pu joindre au téléphone. Pour Cuir Center, malheureusement, le feu n'a pris que sur un tapis à l'intérieur. Notre but était de faire cramer tout le magasin." Quant à l'éventualité de blesser quelqu'un lors d'une des opérations commandos, Tigrou assume : "C'est un risque. Pour sensibiliser les gens, pour faire que ce massacre des animaux cesse, nous sommes prêts à tout." Leurs cibles : fourreurs, bouchers, éleveurs... Les animaux ont leurs nouveaux défenseurs. Exit les SPA, Brigitte Bardot, et autres Trente Millions d'Amis. Trop ringards, trop mous. Place à l'ALF, à l'ARM (Animal Rights Militia), ou encore SHAC (Stop Huntingdon Animal Cruelty) (Huntingdon : principal laboratoire de vivisection européen, ndlr). Comme leurs noms l'indiquent, ces mouvements sont d'origine anglaise. Nés dans les années 80, ils se répandent maintenant dans le reste de l'Europe et, depuis deux ans, en France. On peut même parler d'un réseau international. Les apprentis militants français, quelques dizaines, ont ainsi reçu l'aide logistique, technique et même humaine de leurs aînés anglais et néerlandais. Le résultat est immédiat. Rien que pour 2007, l'Animal Liberation Front revendique 43 actes illégaux sur le territoire français. Cela va de la dégradation de biens de fourreurs, bouchers et autres éleveurs d'animaux destinés aux laboratoires, à des actes plus radicaux, tels que des incendies de bâtiments. Sans chefs, sans structures classiques, cette nébuleuse est insaisissable Mais la nouvelle scène de la défense animale ne se résume pas à cette violence. En parallèle des actions directes, une large partie des militants préfère opérer dans le respect des lois. Michel, un jeune professeur d'Histoire-Géo de 23 ans, a choisi la voie légale. "Je comprends ceux qui craquent et franchissent la ligne blanche, reconnaît-il, mais je préfère rester clean car je ne suis pas persuadé de l'intérêt des actions violentes." Un point de vue partagé par les principaux groupes d'activistes antispécistes (idéologie qui refuse de faire la différence entre les animaux et les hommes) français comme Coalition Antivivisection, Les Furieuses Carottes, et Droit des Animaux. En tout, ils regrouperaient une grosse centaine de militants, principalement en région parisienne. Une nébuleuse sans chefs, sans structures classiques, donc insaisissable. D'où la préoccupation des forces de l'ordre. D'autant plus que ces "guerriers" se montrent particulièrement mobiles et réactifs grâce aux Forums sur Internet et aux messageries type SMS. Ainsi, si un nouveau laboratoire de vivisection doit ouvrir en région parisienne, ils sont immédiatement au courant et peuvent organiser une manif dans la foulée. "Les autorités et les labos veulent nous diaboliser, explique Libby, l'une des membres de Coalition Antivivisection. Certains nous comparent même à Al-Qaida, c'est du délire. Tout ça, c'est pour mieux justifier que l'on nous arrête. Mais on n'agit qu'à visage découvert et nos manifestations ont toutes reçu l'accord de la Préfecture. Nous sommes pacifiques et respectueux de la vie, qu'elle soit humain ou pas. Contrairement à eux !" Eux, ce sont les tueurs d'animaux. Chasseurs, fourreurs, bouchers, ... Chaque collectif se bat pour une cause bien précise. Droit des Animaux lutte avant tout contre les chasses à courre, tandis que Coalition Antivivisection se bat contre ... la vivisection (dissection opérée sur un animal vivant à titre d'expérience scientifique). Seul point commun, il sont tous végétariens et, le plus souvent "vegans". Le véganisme exclut toute forme d'exploitation des animaux. Que ce soit pour la nourriture (y compris le lait, les oeufs, le miel ...) et l'habillement (pas de laine, de cuir ...). "Nous ne sommes pas stupides, précise Jean-Luc, de Droit des Animaux. On sait parfaitement qu'il faudra des décennies avant que notre société change ses habitudes alimentaires et comportementales. Mais pas à pas, nous y arriverons." 1313 chats, 5539 chiens ont été disséqués vivants en France en 2005 Première étape, premier combat, l'abolition de la vivisection. En 2005, selon le dernier rapport de la Commission Européenne, 12,1 millions d'animaux ont été ainsi utilisés par les 25 Etats membres. Pour la France, un peu plus de 2,3 millions, dont 90 % de rongeurs et de lapins, mais aussi des chiens (5 539) et des chats (1 313). Le plus souvent, ces tests sont effectués à des fins médicales. Mais pour 11 %, ils servent à des analyses concernant notre consommation courante : cela va des produits pour la vaisselle aux shampooings. L'Oréal reconnaît que malgré ses efforts, "certaines données toxicologiques nécessaires à la sécurité des consommateurs (allergie, toxicité de la reproduction, cancer) ne peuvent pas encore être obtenues par d'autres voies que les tests sur animaux". Un point de vue partagé par l'industrie pharmaceutique. "Pour les médicaments, on se doit de réaliser ces tests sur les animaux, insiste John Alexander, conseiller scientifique chez Sanofi. La loi nous y oblige. Et les méthodes alternatives ne peuvent pas, pour l'instant, remplacer la vivisection. Cependant, nous avons déjà réduit de 40 % le nombre d'animaux utilisés." A force d'être trop sympa ça n'avance pas... "Conneries que tout ça ! s'insurge David, un jeune activiste de la cause animale. Ils ne font rien pour arrêter cette boucherie. Ils savent que ces tests n'ont aucune valeur scientifique. Car un animal, ce n'est pas un être humain, il réagit différemment aux produits qu'on lui injecte. Et pourtant, chaque jour, des centaines d'animaux sont tués pour rien." A 26 ans, vendeur dans un magasin bio en région parisienne, il a quitté son emploi pour se consacrer uniquement à la lutte. Légale, bien entendu. Si ça ne suffit pas ? "on verra alors, répond-il. L'action directe sera une voie inéluctable..." La SPA, par la voie de sa présidente, Carole Lanty, considère cette façon d'agir avec bienveillance : "Ca fait du bien, des gens qui s'engagent ainsi, car à force d'être trop sympa, les choses n'avancent pas." "On verra s'ils ne peuvent pas changer leurs méthodes, nous sommes leur conscience, à tous ces mangeurs de cadavres" Un militant Cela, le groupe Coalition Antivivisection l'a bien compris. Régulièrement, dans la pluie, le froid et le vent, ils manifestent leur colère devant les sièges sociaux parisiens des grands laboratoires, comme Sanofi. "Nous ne lâcherons rien, jure l'un de ses membres, Benjamin, 18 ans. Si possible, nous viendrons devant leurs locaux une fois par semaine. Avec nos mégaphones, des enregistrements de hurlements de chiens, on verra bien s'ils ne peuvent pas changer leurs méthodes. Nous sommes leur conscience, à tous ces tueurs, ces mangeurs de cadavres. Et ça ne fait que commencer."
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